Mon accident, mes opérations, mon ressenti

Veille de mon accouchement, tenue par ma sœur, avec une attelle



ATTENTION certaines photos peuvent être "choquantes" pour les personnes sensibles aux cicatrices comme moi.

Lorsque j'ai eu mon accident, puis mes opérations, j'ai beaucoup cherché sur internet des infos, et j'en ait peu trouvé. Alors je me suis dis "Tiens pourquoi pas écrire un article pour aider ceux dans le même cas, ou simplement ceux qui veulent en savoir plus"... Alors c'est parti !

Le 27 février 2017, alors enceinte de ma fille, c'était un jour comme les autres. En congé pathologique, juste avant mon congé maternité, j'en profitais pour voir mes copines, sortir, faire les boutiques. En rentrant chez moi, j'avais l'habitude de me vautrer dans mon canapé. Manque de pot, ma chienne me fait tomber. Un grand écart plus tard, et une jambe pliée en équerre, j'ai hurlé tout ce que je pouvais, dans l'espoir qu'un de mes voisins entende. Forcément tous absents ce jour-là. Le comble pour une nana qui a toujours son portable sur elle, c'est de ne pas l'avoir avec elle à ce moment là... Ne pouvant me relever, j'ai rampé. Bref, j'ai attendu que le papa de mes enfants revienne du travail, arrive à me soulever et m'amène jusqu'à l'hôpital.

Retour de l’hôpital avec ma prétendue entorse


Premier verdict, ça ne serait qu'une entorse du genou. L'urgentiste me replace ma jambe droite (je pense que l’hôpital entier m'a entendu hurler tant ça fait mal). On me met un plâtre et on me donne une ordonnance pour des anti-douleurs et anti-coagulant. Petit tour aux urgences maternité étant donné que je ne sentais plus ma fille bouger. Tout va bien à priori elle n'a rien, ouf !

La semaine passe, je ne peux toujours pas bouger, ni me lever. Un IRM est réalisé, et c'est bien pire :

- Arrachement des massifs épineux du LCA
- Fracture du plateau tibial
- Et tout un grand bla bla de choses éclaté à l'intérieur

Evidemment, enceinte de 7 mois, on ne peut rien faire.... Je prends mon mal en patience, je reste alitée, j'attends que le temps passe, je suis dépendante des autres pour m'habiller, me laver, vivre tout simplement. Des personnes présentes, des personnes absentes. C'est lorsque l'on est dans le besoin, qu'on voit les personnes qui sont là pour nous. Et entre nous, cet accident, m'a permis de faire un sacré tri dans mon entourage ! Mais je pense que le plus dur, aura été de ne pas pouvoir m'occuper des mes enfants. Je ne pouvais pas marcher, ni rien, alors je les regardais à distance...

J'avais souvent des contrôle à la maternité, mais je crois que celui m'a fait le plus rire c'est le rdv du 25 mars 2017 : "Ouh là là c'est bien fermé, vous irez bien jusqu'à terme voir plus".
Le 26 mars 2017 au matin, soit 3 semaines avant terme, ma fille décide d'aller contre les paroles de la sage-femme, et vint au monde. J'avais tout un projet de naissance, malheureusement, vous vous en doutez bien, avec une jambe qui ne bouge pas, je n'ai pas pu réaliser tout ce que je voulais. Bref, accoucher avec une jambe droite, je vous avoue que c'est un peu compliqué 😂. Bref, ma princesse n'a eu aucune séquelle de cet accident, et c'est tout ce que je souhaitais.

Maintenant que je ne suis plus enceinte et que je n'allaite plus, on m'annonce que je suis atteinte d'algodystrophie. Avec cette maladie, on ne peut opérer sous peine que ça s'aggrave. Je consulte donc un algologue qui me prescrit tout un tas de médicaments. Trouvant que rien n'avance, je décide de changé d'orthopédiste. Je vous le cite, car si vous êtes dans ce cas, c'est un très bon médecin ! C'est le Dr Dupuy à la clinique des Fontaines à Melun en Seine et Marne.



J'en suis à 1 an après ma chute. Je suis sous anti-dépresseur car j'ai littéralement pété un plomb. Au travail ça se passe très mal (Tu peux retrouver mon article sur mon bore-out ici), je suis toujours aussi dépendante des autres, mes douleurs sont atroces, mes dérobements, mes pertes d'équilibre, et mes boitements, sont de pire en pire... Mon orthopédiste me fait tout un tas de nouveaux examens, certains EXTRÊMEMENT douloureux comme l’arthrographie. Cet examen fût atroce, et j'en ais souffert plusieurs jours.

J'ai également été reconnue comme travailleur handicapé par la MDPH, et bénéficiaire de la carte de priorité ainsi que de stationnement (Mon article sur les handicaps non visibles juste ici).

En juin 2018, le verdict tombe, je n'ai plus le choix, il faut opérer, sinon aux alentours de mes 40 ans je ne marcherai plus.
Le chirurgien me laisse l'été afin d'en profiter. L'été fût compliqué, les vacances en Espagne ont été fabuleuses, mais certains déplacements bien compliqués.



J'arrête de travailler fin septembre, je me mets en arrêt une semaine plus tôt sinon je risque de détruire ce château qui ne m'aide en rien dans mon handicap. Je profite de ma dernière semaine, et le 2 octobre 2018, je me rends à la clinique. Remplie de crises d'angoisse, mon chéri était là pour me soutenir.
Je pars au bloc en pleurant, en tremblant. L'équipe médicale, que je ne remercierai jamais assez, m'a énormément réconforté, parlé, et soutenu. Je m'endors doucement tout en m'imaginant, comme me l'a conseillé l'anesthésiste, sur une plage de Los Angeles avec mes enfants.

En salle de réveil j'ouvre les yeux, j'hurle de douleurs. L’anesthésiste arrive à l'instant T et me branche à une pompe de morphine (Un cathéter qu'on me met en place au niveau de la cuisse, à priori ils sont une des seules cliniques à faire ça en France). On m'injecte également un anti-douleur dans la perfusion, je suis soulagée et me rendors. Je ne fais que ça, je me réveille, je me rendors, je demande l'heure, je demande à voir mon amoureux. On me ramène enfin auprès de lui, j'ai toujours aussi mal. Je ne sais pas quelle heure il est, mais l'infirmière veut que je me lève, à peine un pas de fait, que je tombe dans les pommes, m'écroulant sur elle et mon amoureux.
Vers 17h, je vois mon chirurgien. Il m'annonce que c'était bien plus grave que prévu, l'opération à durer 1h45 au lieu de 45 minutes. Mon ligament était totalement arraché, il a prit un tendon derrière ma cuisse afin de faire une greffe au niveau du ligament, il m'a coupé la moitié du ménisque et du cartilage, car ils n'étaient plus fonctionnels. Il m'a retiré des morceaux qui se promenaient. Il n'a évidemment rien pu faire pour la fracture du plateau tibial. Bref, à priori une catastrophe.

opération genou lca menisque cartilage
Lendemain de l'opération, pansements, drains et pompe à morphine


greffe LCA
Bleus dû au prélèvement du tendon pour greffe LCA


Cicatrice LCA DIDT ligamentoplastieLCA ligamentoplastie DIDT opération



Nous sommes rentrés le soir même à la maison. Pendant 3 semaines, une infirmière doit passer matin et soir. Ces 3 semaines ont d'ailleurs été atroces. Je dormais peu, j'hurlais la plupart du temps de douleurs, je ne bougeais quasi pas. J'ai cru mourir plusieurs fois, que ce soit jour ou nuit. Evidemment je voyais peu mes enfants, je ne pouvais pas m'en occuper. Leur papa me les emmenaient souvent afin que je profite un peu d'eux. Mon chéri quant à lui, me faisait office d'assistant; il m'habillait, me lavait, s'occupait de moi comme on le ferait avec un enfant. Les séances de kiné étaient très douloureuses. Parfois j'en pleurais.

Petit à petit, je recommençais à marcher. Je revivais. Des douleurs étaient encore présentes, ainsi que mes blocages, et mes boitements.

Dernier IRM en février 2019 où l'on voit la vis au niveau du LCA

Lorsque j'ai commencé à reprendre un semblant de vie normale, mon orthopédiste m'annonce mi-février 2019 que je dois absolument repasser au bloc à cause d'une grosse fibrose qui me handicape trop. Je tombe des nus, je pensais en avoir enfin fini.

Le 28 mars 2019, je retourne donc à la clinique. J'ai peur. Peur de souffrir à nouveau. Alors je retourne dans mes crises d'angoisse, et l'équipe médicale toujours aussi bien présente, me rassure.
Je me réveille doucement, je n'ai quasi pas de douleurs. L'anesthésiste me branche comme en octobre à la pompe de morphine. Je retrouve mon amoureux, et je me sens bien comparé à la 1ère fois. Parfois j'ai mal, parfois ça va, mais je n'hurle pas. Le lever s'est bien passé, tout est parfait, je peux enfin voir mon orthopédiste. Encore une fois, c'était pire que prévu. Il a du encore gratter sur mon ménisque, il a retirer des morceaux de fibrose absolument partout. Il a ouvert sur les cicatrices déjà présentes, ce qui m'arrange, cela m'évite donc d'en avoir d'autres. Mon chirurgien a été top, il a prit des photos pendant l'intervention, j'ai pu les voir, c'est impressionnant ! Bref, il m'annonce tout de même qu'il faudra sûrement recommencer, et à long terme mettre une prothèse.

fibrose genou LCA
Opération fibrose. Utilisation des cicatrices déjà présentes.

Pour conclure, j'en suis actuellement à 2 ans et demi post accident, 2 opérations, des moments extrêmement douloureux, difficiles. Des moments où une maman ne voyaient pas ses enfants, où une femme n'avait plus de dignité auprès de son compagnon. Deux ans et demi après, je pense que les opérations ont été bénéfiques, il y a des douleurs qui ont disparues, mais malheureusement d'autres qui sont apparues. Je sais que je ne suis pas sortie de l'auberge; à chaque fois que quelque chose disparaît, quelque chose de nouveau vient. J'ai presque 27 ans, et je boîte. A 40 ans j'aurai peut-être déjà ma prothèse. J'aimerai tant dire que tout ceci est derrière moi, mais je crois que c'est seulement une partie. Je relativise en me disant que j'ai encore ma jambe, que j'arrive tout de même à marcher, à faire un peu de sport, mais malheureusement je ne courrai plus. Je me fatiguerai toujours plus vite qu'une personne de mon âge. Le destin de mon genou est entre les mains du Dr Dupuy, adviendra désormais ce qu'il adviendra.

Alors par pitié, faîte tous attention à vos genoux, n'attendez pas que vos douleurs soient trop fortes pour consulter. Faîte attention de ne pas tomber, faîte attention à vos enfants. Et n'hésitez pas à demander plusieurs avis si vous doutez.

Commentaires